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DEBAT SUR L'UNION AFRICAINE:  NASSER BOURITA RASSURE LES AFROSCEPTIQUES

DEBAT SUR L'UNION AFRICAINE:  NASSER BOURITA RASSURE LES AFROSCEPTIQUES

Par Boubker Bendine Taoufik

Consultant média et diaspora


Les marocains du monde entier ont enflammé les réseaux sociaux depuis le lundi 30 janvier 2017. Le Maroc venait de réintégrer l'Union Africaine après 33 années d'absence. Ce retour à la maison était marqué par la présence du Roi Mohamed VI à Addis Abeba qui accueillait un sommet historique de l'organisation africaine. Après un travail de fond de la diplomatie gouvernementale, la diplomatie royale répare ainsi une sortie « nécessaire » en 1984 lorsque le royaume avait quitté subitement l'OUA suite à l'intégration de la « RASD » dans un contexte de guerre froide.


Si cette adhésion lance une nouvelle stratégie diplomatique plus offensive, elle a le mérite d'installer, dans l'espace publique marocain, un débat ouvert mais timide, sur un domaine jusque là réservé, entre adeptes d'un retour conditionné par le gel de l'adhésion de l'adversaire et les afro-sceptiques qui craignent un saut dans l'inconnu. Pour les premiers, ce retour est une victoire incontestable, alors que les seconds craignent que le fait de siéger à l'UA ne soit assimilé à une reconnaissance implicite de la « RASD » qui joue sur cette corde.


Le fond, la forme et le canal

Vu la rapidité avec laquelle le parlement marocain avait ratifié l'acte constitutif de l'Union africaine, l'opinion publique attendait impatiemment des signaux forts pour comprendre les enjeux et les contraintes à court, moyen et long terme d'une « réadmission » sans condition à l'UA. Cette opinion est en droit de savoir afin rester mobilisée pour « la cause nationale ». C'est Nasser Bourita, ministre délégué auprès du chef de la diplomatie marocaine qui adressera un message clair pour les adversaires qui ont crié victoire et pour rassurer des marocains anxieux notamment sur les réseaux sociaux.


Fait inattendu, voire marquant, ce ténor de la diplomatie marocaine et un des artisans de la réintégration a fait sa sortie, non pas dans un média public ou un site comme le 360ma ou Hespress, mais à travers un site qui a su s'imposer dans investigation: Le Desk.ma. Plus frappant encore, l'article est signé par Ali Amar, co-fondateur avec Aboubakr Jamai et Hassan Mansouri du Journal, interdit en 2000 pour la publication d'une interview du chef du Polisario. Ali Amar a publié également aux éditions Calmann-Lévy, « Mohamed VI, le grand malentendu » et « Moulay Hicham. Itinéraire d’une ambition démesurée » (éd. Pierre-Guillaume de Roux).


"Le Maroc ne reconnaîtra jamais la « RASD »"

Si le choix du canal n'est pas gratuit, les arguments distillés par Nasser Bourita et rapportés par le Desk sont expéditifs renvoyant dos à dos le polisario et leurs soutiens qui présentent la « réintégration » du Maroc comme une victoire et une reconnaissance de la « RASD ». « Est-ce que l’Algérie reconnaît Israël du seul fait qu’elle siège à l’ONU à ses côtés ? » ironise le diplomate marocain en ajoutant « Pourtant, Alger ne manque aucune occasion pour rappeler qu’elle ne reconnaît pas le Kosovo (pourtant 186ieme pays) comme État indépendant ».


Et à l'homme, que la presse algérienne qualifie de « cheville ouvrière » de la diplomatie marocaine, de marteler : « non seulement le Maroc ne reconnaît pas - et ne reconnaîtra jamais - cette entité fantoche mais il redoublera d'efforts pour que la petite minorité de pays, notamment africains, qui la reconnaissent encore, fassent évoluer leur position dans le sens de la légalité internationale et des réalités géopolitiques ».


Faire provisoirement  avec une « cohabitation de fait »

Nasser Bourita averti le camps adverse et rassure les afro-sceptiques en affirmant clairement « la détermination du Royaume du Maroc à mettre fin à cette supercherie » en parlant même d'« intrus entré par effraction ». La stratégie semble se dessiner : convaincre les deux tiers, soit 36 pays africains pour introduire une procédure de gel de l'adhésion de la « RASD » surtout que « 34 États membres de l’Union Africaine « ... » lui refusent leur reconnaissance à ce jour » précise le ministre délégué.


Entre temps, l'opinion marocaine se pose des questions sur cette « cohabitation de fait », sa durée et les risques d'exploitation médiatique par les adversaires. Si le discours du Souverain a expédié l'UMA aux oubliettes, et indirectement, le groupement des pays de l'Afrique du Nord, dont le coordinateur serait l'ambassadeur de la dite « République Sahraoui » en Éthiopie, comment la diplomatie marocaine va-t-elle dépasser les contraintes qu'imposent un tel retour : le drapeau national flottant au milieu des drapeaux des autres membres, les travaux des commissions, le Parlement africain, la traditionnelle photo des chefs d’Etat ? Et puis, le Maroc, reconnu pourtant pour son savoir faire, va-t-il se priver de l'organisation de rencontres de UA sur son sol ?


Un rôle pour les marocains du monde et la société civile ?

Cependant, si les arguments du diplomate rassurent sur le fond, la diplomatie civile marocaine, dans une Afrique qui a vu l'émergence d'une société civile de plus en plus impliquée dans le développement, peut jouer un rôle déterminant pour renforcer une diplomatie économique déjà performante. Les marocains du monde installés dans les pays du continent, ou au contact des diasporas africaines du reste du monde, peuvent être un raccourci efficace pour accélérer la démarche de rapprochement et participer à la promotion de la vision marocaine.

En attendant de voir cette sortie de Nasser Bourita, par son fond et sa forme, déclencher une nouvelle approche intégrant les forces vives des MDM dans la politique africaine de la Nation, le nouveau défi rend plus que nécessaire un pacte national pour le destin africain du Maroc. 


Boubker Bendine Taoufik

Consultant média et diaspora 






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